ALEXANDRE

Réalisateur : Oliver Stone
Acteurs : Colin Farrell, Angelina Jolie, Val Kilmer
Sortie : 05 Janvier 2005


Cela fait plus de 15 ans que monsieur Oliver Stone pense à ce projet. On a du mal à croire qu'un film aussi ambitieux ai pu enfin voir le jour. Bref, Le syndrome "Le Seigneur des Anneaux » et la volonté des studios d’offrir des films à grand spectacle, semblent être le point de départ de la production de ce film épique qui n’en est pas vraiment un. Quand on s’attarde sur les œuvres de Oliver Stone on pense surtout à la maîtrise du montage mais aussi aux excès de réalisation ! Chaque projet est ambitieux et semble passionnant à la lecture du scénario, parfois le film ne donne pas toujours ce qu’on aurait imaginé mais il serait dommage de bouder ce réalisateur.
Alexandre est un film de 3h qui risque de frustrer la plupart du public. A contrario d’un « Troie » qui verse dans l’action à outrance et qui perd parfois sa notion épique à cause de redites inutiles, « Alexandre » quant à lui est une œuvre dramatique, une tragédie sous fond de complexe d’œdipe et surtout un film terriblement humain. Bien entendu, le film dans ses grandes lignes et sa trame scénaristique est ratée, cela peut paraître étrange mais 3 heures c’est peu pour l’envergure de ce personnage atypique. Le film débute d’une manière pompeuse, Anthony Hopkins s’évertue à nous narrer dans un cours d’histoire théâtralisé à outrance la vie du conquérant Alexandre. Puis, le métrage démarre enfin avec la présence d’Angelina Jolie. Tout de suite la mise en scène de Stone retrouve un nouveau souffle, et n’en déplaise à certain, le maquillage de Angelina est honnête compte tenu de l’âge des personnages. La question en suspend pourrait par contre être celle ci : Coline Farrel est-il crédible ? Et bien si on enlève le maquillage kitsch de son personnage à 20 ans, foiré jusqu’à l’os, on assiste quand même à l’âge adulte à un Alexandre déterminé et parfaitement campé. Mais plus encore, le choix de montrer un conquérant homosexuel, sensible, perdu dans son orgueil, fuyant une mère castratrice, s’avère payant pour faire ressortir les émotions des personnages principaux. Les défauts du film, à savoir son rythme bordélique, son absence de batailles épiques qui traduisent l’avènement du conquérant ou tout simplement la longue descente aux enfers d’Alexandre dans la jungle à l’autre bout de l’Asie sont contrebalancés par des moments de pur bonheur…






Deux grandes batailles prouvent que le métrage n’est point une purge. Le premier morceau de bravoure assure un intense et beau combat contre l’armée perse ; Oliver Stone filme à travers les yeux d’un aigle les deux armées en présence. Un choix judicieux puisque l’aigle à valeur de symbole, il est une sorte d’animal totem pour le héros mais aussi un symbole divin. Mais surtout, cette vue en plongée aérienne permet de mieux comprendre l’aspect stratégique de l’armée d’Alexandre. Là où « Troie » s’évertuait à garder les mêmes valeurs de plans pour les batailles, Oliver Stone quant à lui choisit la carte du surréalisme et injecte une certaine notion de poésie dans son film. Tout de suite la fibre émotionnelle passe mieux. Enfin le deuxième gros morceau, un combat dans la jungle traduit bien la folie grandissante du héros et la peur qui en découle. On pense surtout au film Suriyothai de Chatrichalerm Yukol, les éléphants et le décor y sont pour quelque chose, par-contre l’intensité et la barbarie du film de Stone monte d’un cran à l’aide d’un fabuleux montage son-image qui restitue parfaitement la violence de la bataille.
Et c’est dans cette ambiance de pure folie que Stone nous sert un magnifique plan, celui de ce conquérant idéaliste qui charge à l’aide de son cheval un éléphant. Un ralenti sublime qui démontre les forces en présence mais aussi qui marque la pellicule, un moment unique où Alexandre s’attaque à plus fort que lui et exprime ainsi son courage et son orgueil. C’est à ce moment là que ce film raté dans sa structure reprend vie et que le spectateur repense aux scènes où notre héros parle à son père : "On ne naît pas roi, on le devient". Et même si parfois le choix de Vangelis pour compositeur risque de choquer les néophytes ou les fanas d’une orchestration plus mainstream, on ne peut enlever à ce film la volonté d’offrir autre chose que de l’action et du sang. C’est l’histoire de la grenouille qui voulait être plus gros qu’un bœuf, c’est l’histoire d’Alexandre le Grand mais aussi de Oliver Stone perdue dans un script nébuleux, une histoire qui malgré ses défauts reste touchante. Une fresque limite bancale, instable tout comme l’était le personnage principal du métrage.
Un beau film qui ne doit pas nous faire oublier qu'on passe sûrement à côté d'un chef d'oeuvre et qui aurait pu donner à Oliver Stone la gloire qu'il mérite. C'est mal branlé diront certains mais le semi échec ici présent regorge d'excellents passages.


AUTEUR : A-LEX