CALVAIRE

Réalisateur : Fabrice Du Welz
Acteurs : Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Brigitte Lahaie
Sortie : 16 Mars 2005


Après son concert dans un hospice de campagne, Marc Stevens, chanteur itinérant, reprend la route. Pris au piège par le temps pourrissant, le routard tombe en panne sur un chemin de forêt. Se réfugiant in-extremis dans l'auberge de M. Bartel, le jeune chanteur se rend vite compte que les autochtones ont des moeurs quelque peu étranges. L'absence de femme, l'apparente débilité des occupants, et la mystèrieuse panne de son véhicule engage Marc a essayé de quitter l'endroit le plus tôt possible. Mais tout n'est pas si simple dans les Ardennes profondes...







Premier film du jeune réalisateur belge Fabrice Du Welz, Calvaire est sans conteste LA claque de ce début d'année. L'immanqualbe chainon manquant au cinéma d'horreur européen. Un surivor-movie hallucinant, hypnotisant, et parfaitement maitrisé, chose surprenante pour un premier essai.
Ouvertement inspiré des classiques du genre, Massacre à la tronconeuse d'Hooper, Deliverance de Boorman ou encore le Locataire de Polanski (avouez que ca laisse réveur de telles références), Calvaire offre un panel de couleurs, de rôles et de situations enchainants les épisodes mythiques et les scènes cultes. On sort de la projection abasourdi, parfois dégouté, mais souvent ravi d'avoir profité d'un spectacle généreux et génial. Partant d'une simple histoire d'incarcération, la folie maladive rendue par l'excellente prestation de Laurent Lucas (méconnaissable) et Jackie Berroyer donne une certaine "touch" à Calvaire. Immédiatement, la certitude d'etre devant un objet filmique non identifié l'emporte. Violence et idée contre nature sont le lots quotidiens de cet îlot perdu dans les Ardennes profondes, un environnement étouffant, des habitants inquiétants (la scène de bal fera date dans l'histoire du cinéma ! dixit Roger Corman lui même !) autant d'éléments qui installe le climax frénétiquement oppressant du film.
Inventif, parce que limité par les moyens donnés au film, Du Welz ne cesse de surprendre par de véritables trouvailles et révéle un talent sans précédent pour placer sa caméra de manière original, donnant une dimension extraordinaire à des scènes particulièrement banales. Le gunfight final est dans ce sens un exemple parfait d'utilisation d'un budget limité de manière intelligente (c'est digne d'un Takashi Miike..). Le son n'est pas en reste. Explosion permanente, utilisation de la musique intelligente... enfin bref, techniquement on reste abasourdi.
Pour ce film profondément masculin, où des personnages solitaires en manque d'amour se croisent, Du Welz n'a pas forcément voulu passer un message. C'est avant tout une experience à vivre, un film de genre flamboyant, héritant des fleurons du genre. Une connotation religieuse, parrallèle à la Passion du Christ reste dans l'idée. Le personnage perd toute humanité en subissant la terreur de ces humanoides déjantés... un final d'une noirceur total. Calvaire est un film nihiliste, génial, décalé, maitrisé et un enorme film de genre. Beaucoup trop rare pour que tout amateur puisse laisser passer l'occasion de voir ce chef d'oeuvre, parole d'amateur, ca faisait bien longtemps que je n'avais pas ressenti une telle chose devant un film européen. VOUS DEVEZ ALLER LE VOIR !


AUTEUR : NANO