LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS

Réalisateur : Robert Guédiguian
Acteurs : Michel Bouquet, Jalil Lespert, Philippe Fretun
Sortie : 16 Février 2005


François Mitterrand. Qui n’a pas un avis aujourd’hui sur François Mitterrand, l’un des hommes les plus importants de l’Histoire de France de la seconde moitié du vingtième siècle, aux côtés de De Gaulle ? Sur Mitterrand, les avis sont souvent tranchés. On l’aime ou on le déteste. Et il est vrai que c’est difficile d’être objectif, dans les deux cas. Je fais parti de ceux qui l’aiment, et c’est alors avec curiosité et une passion non dissimulée pour l’homme que je suis allé voir ce film consacré à cette figure impressionnante.






Que dire de ce film ? Eh bien premièrement, soyons honnête, il n’est pas un modèle de réalisation, avec un montage très classique, une construction très traditionnelle, mais ça sert formidablement le film, donc ce n’est en rien un reproche, bien au contraire. Mais peut-être qu’un peu plus de fantaisie, non pas avec le sujet, mais sur la façon de le regarder, peut-être avec un regard un peu moins passionné. Parce que les gens qui se sont penchés sur ce film, on le sait, ils l’aiment Mitterrand, ils l’admirent, ils se reflètent dans le regard du jeune journaliste qui essaie de percer le vieux Président malade. Si bien qu’il va jusqu’à le détester parce que Mitterrand est ambiguë, qu’il a un passé complexe sur lequel il a fait en sorte de ne jamais s’expliquer avec détail, simplement parce qu’il estimait ne rien se reprocher. Mais les charognards sont là pour faire douter les autres de l’intégrité du Président.

Car sur Mitterrand, on en connaît tous un rayon, on sait ce qu’il a fait, on sait ce qu’on lui reproche, on connaît ses excès, et tout cela qui faisait cet homme si ambiguë et intéressant. En ce qui concerne l’épisode de Vichy, ce fameux épisode où on le traite de collaborateur et d’antisémite, il faut être le dernier des crétins pour y croire. En ce qui concerne l’antisémitisme, si Mitterrand l’est, nous le sommes tous, lui qui avait une vraie passion et compassion pour ce peuple, c’est lui faire mauvaise presse de l’insulter de la sorte. Pour Vichy, c’est déjà plus complexe, et ce sont toujours les premiers à jeter les pierres que l’on retrouve sur cet épisode. Mitterrand collabo ? Non, soyons-en certain, sinon De Gaulle l’aurait dégagé d’un revers de la main. Mitterrand s’est certes engagé tardivement dans la résistance, mais il s’y est engagé et a fait beaucoup. Et c’est en prenant ce précédent exemple sur De Gaulle que Mitterrand justifie le fait qu’il n’était pas collabo. Oui il a fait parti du gouvernement de Vichy, et sans vouloir faire un cours d’Histoire, remettons-nous dans le contexte de l’époque pour comprendre. La France s’est prise la plus grosse branlée de son histoire et ce en quelques jours. Le pays est envahi, l’armistice est signée, les Allemands décident d’occuper le territoire, mais nous offre la possibilité de créer un gouvernement pour recommencer à zéro. On fait appel à Pétain(gracié par De Gaulle) parce qu’il était le héros de la première guerre et qu’il avait fait énormément pour la France. En premier lieu, ceux qui se sont précipités dans ce gouvernement, c’était des idéalistes, voulant redonner à la France toute sa splendeur, on pourra y voir aussi de l’opportunisme, certes mais ne metonns pas tout le monde dans le même sac, car qui ici y était, et qui ici se permet de juger ? Donc Mitterrand a essayé, et a compris qu’il ne pourrait rien faire. Donc il est entré dans la résistance. Mais là n’est pas le principal sujet du film, même si c’est sur cela même que le journaliste se focalise, il veut comprendre. Délicat.
Mais au delà de tout cela, le film se penche sur la fin d’un règne. Depuis Napoléon III personne n’avait régné aussi longtemps et surtout dans une telle période de paix, et de paix sociale. Mais ne l’oublions pas, Mitterrand est un socialiste, légèrement idéaliste, et c’est cela qui ressort du film, certes, les illusions sont parties chez le vieil homme, mais chez le journaliste elles sont encore très présentes. L’essentiel pourtant n’est pas dans le discours socialiste, qu’on soit de droite ou de gauche, on peut apprécier ce film, parce qu’il diffuse de vraies pensées, de vraies réflexions, sur la vie, la mort, la politique et sur la France. Comme il se dit d’ailleurs, De Gaulle était la France, Mitterrand était les Français. Mitterrand était le peuple, et cette scène où il fait un discours sur le mineurs est une des scènes les plus touchantes du film, parce qu’elle montre les visages de véritables travailleurs, d’hommes et de femmes, des ouvriers qui sont la base de la France, et qu’on oublie trop souvent. Ces hommes et femmes vivant pourtant toujours -naïvement peut-être- dans un idéal dépassé, mais c’est avec des rêves qu’on a bâti ce monde, quoiqu’un en pense. Je conseille ce film, parce qu’il montre un homme dans toute sa splendeur et dans toute sa détresse aussi, un film juste, jamais larmoyant, parfois drôle, très fin et remarquablement intelligent. Et un grand bravo à Michel Bouquet qui est mystifiant en tout point !


AUTEUR : PETER PAN