1001 PATTES




La vie de fourmi, c’est dur. Récolter des provisions toute l’année, c’est déjà pénible, mais quand il s’agit de le faire en plus pour des criquets enragés, là ça ne va plus ! C’est pourquoi le maladroit mais courageux Tilt est envoyé hors de la colonie pour chercher des renforts auprès d’insectes guerriers. Ou plutôt éloigné de la colonie, comme ça il ne fera plus de dégâts…. Mais quand il revient chez lui accompagné d’un groupe de bestioles artistes de cirque, là ça devient vraiment la catastrophe…

On retrouve dans ce film une trame connue, celle des Sept Samouraïs de Kurosawa, comme point de départ. Un groupe d’agriculteurs oppressés cherchant de l’aide auprès de mercenaires. Mais toute l’idée est de bien entendu déguiser cet hommage pour en faire en pur divertissement, riche en gags et en quiproquos. Il est interessant de voir que pour la seule fois à ce jour pour un film signé Pixar, on n'est pas devant une sorte de buddy movie où 2 copains se retrouvent face à leur quête, mais plus devant un film chorale, dans lequel les multiples personnages se partagent sans problème la vedette. Il faut dire que le groupe est riche en caractères différents : un phasme, une coccinelle mâle, un papillon, une mante religieuse, une araignée, un cafard, une limace, et deux poux qui ne parlent pas la langue.... Et bien sûr Tilt notre fourmi maladroite mais inventive. Et que serait une avanture pareille sans un méchant digne de ce nom ? Et bien il est bien représenté par Le Borgne, chef cruel et manipulateur des criquets racketeurs, secondé par son idiot de frère, encore un duo mémorable. Techniquement, on navigue entre le sans faute et le fantastique. Que de progrès depuis Toy Story, lui-même déjà bien en avance sur son temps. Ce monde au ras des pâquerettes offre un décor de choix pour les créateurs qui s’en donnent à cœur joie. Des champs fleuris remplis de fourmis sur chaque pétale ou feuille à la ville grouillante (très jolie reconstitution de Broadway), l’image donne une profondeur de champ par moment étourdissante. Le tout avec une précision et un souci du détail exemplaire malgré la masse d’insectes différents à l’écran, chacun animé sur mesure. De personnages au dessin très simpliste (les fourmis n’ont que 2 bras et 2 jambes, pas commun pour ces sympathiques hyménoptères), les animateurs ont encore réussi à en tirer des expressions parfaitement justes et naturelles. Le style cartoon permet justement pas mal de fantaisies.

Mais avant tout, et c’est là une fois de plus leur atout, les magiciens de Pixar sont là pour raconter une histoire. Si la prouesse technique est indéniable, il n’en reste que le scénario solide et son rythme enlevé font que ce film de souffre pas de la relecture. On est devant un vrai travail de mise en scène, sur les plans parfaitement cadrés ou la direction des « acteurs ». Des personnages fouillés, des rebondissements bien placés, et toujours cet humour bien à eux, voilà les ingrédients (déjà présents dans Toy Story, on ne change pas une recette qui gagne) qui ont fait le succès de ce long métrage. De plus ce second degré permanent qui en fait un régal aussi bien pour les enfants que pour les parents, Pixar sait amener tous les publics dans les salles.

Des talents de conteur, des artistes grandioses, voilà ce qui caractérise les films Pixar. Une fois de plus, ils marquent un pas en avant dans le domaine du film d'animation. Ces petites fourmis n'ont pas fini de faire parler d'elles, tant ce film fait dors et déjà parti des grands classiques du genre.

A savoir que c'est pour ce film que fut lancé le très sympathique bêtisier, devenu depuis un classique attendu pour chacun des films Pixar. On peut d'ailleur en trouver 2 différents sur le DVD disponible en commerce, pour prolonger le plaisir. En annexe aussi, ce sont les héros de 1001 Pattes qui ont remis l'Oscar du meilleur court métrage d'animation en 1998, année de sa sorti. Si ça c'est pas de la reconnaissance !!